Chères lectrices et chers lecteurs,
Si vous êtes habitué·es à nous lire, vous serez peut-être étonné·es de ne pas trouver ici la section Vie du laboratoire. Ce mois-ci, une fois n’est pas coutume, je vous écris plus directement, et comme vous l’avez remarqué peut-être aussi, je délaisse le ‘nous’ du collectif Archives Henri-Poincaré pour écrire en mon nom. Pourquoi faire ça ? Eh bien, voyez-vous, cela fait longtemps que j’envoie cette lettre, tous les mois quasiment depuis février 2017, avec une exception régulière les mois d’août (réservés à l’expédition de cartes postales ensoleillées) et une autre forcée en ce déjà lointain printemps 2020 durant lequel, chacun·e chez soi, il y avait beaucoup à penser mais peu à raconter selon les critères de ce genre de publication. Mois après mois, petit à petit, cela finit par faire un compte rond et nous y voilà : 100 lettres d’information aujourd’hui ! Je ne sais pas si ça se fête, mais c’est typiquement le genre de moment pour se livrer à un exercice de retour sur soi. Alors je pose la question : pourquoi donc faire une lettre d’information ?
Eh bien, pour informer, bien sûr ! Pour communiquer sur nos activités, valoriser le travail et les productions des chercheurs, et c’est ce que nous faisons ici, dans un curieux mélange de nouvelles, de listes, d’annonces. C’est le jeu, certes, et il a son utilité. Mais enfin, je ferai remarquer qu’il y a dans ces lettres des descriptions de projets de recherche, dont le contenu sort du cadre strict de l’information. Et puis il y a cette fameuse section Vie du laboratoire, dans laquelle vous apprenez des choses sur des gens, des collègues et des proches, que peut-être, souvent, vous ne connaissez pas, bien que l’on parle d’eux comme si ces personnes vous étaient familières. Au fond, ce qui compte autant que l’information, c’est que ce soit une lettre, cet écrit que l’on envoie pour donner des nouvelles, faire signe, raconter, parce qu’un laboratoire, ce ne sont pas seulement des axes, des projets, des publications et des manifestations, mais avant tout des personnes dont la vie n’est pas qu’intellectuelle et professionnelle. C’est ce que nous aimerions que vous sentiez parfois, derrière des formules un peu neutres, la joie, le chagrin, l’excitation, la fierté, sans quoi parler de vie du laboratoire n’aurait qu’un sens dégradé. Et c’est ce que je veux tenter cette fois, m’affranchir de la rhétorique usuelle et vous envoyer une vraie lettre. Allons-y, reprenons !
Chères toutes et chers tous,
J’espère que vous allez bien.
Nous avons vécu quelques semaines chargées en travail, mais existe-t-il encore des semaines qui ne le soient pas ? Beaucoup d’émotions de toutes sortes, également, et des nouvelles en nombre de notre petite communauté.
D’abord, un départ : Mélusine Rocher, notre fée archiviste, a quitté Nancy pour vivre une nouvelle aventure professionnelle à Rennes, à la Maison des Sciences de l’Homme en Bretagne, où elle fera, à n’en pas douter, des merveilles avec son expertise en transcription. Bien sûr, nous sommes un peu tristes de ne plus la voir au laboratoire : après tout, cela faisait presque quatre ans qu’elle était dans l’équipe, pour son apprentissage puis dans le projet BANANA, mais nous sommes ravis pour elle de cette opportunité et pour nos collègues de Rennes qui gagnent une collègue compétente et une belle personne. La chance ! Il y a eu une belle fête pour le départ de Mélusine, des cadeaux, des chansons, des madeleines, et une séance photo à côté du buste (voici un des clichés). Même si ce n’est pas pour le travail, on compte bien la revoir bientôt !
Mélusine n’est pas la seule à faire son chemin. Eléonore Venturelli, présente chez nous depuis quelques mois pour travailler au projet Open Rotuli, vient de soutenir sa thèse, La pratique des rouleaux mortuaires. Une écriture collective de la mémoire, à Louvain-la-Neuve. Que des éloges ! On n’en doutait pas, et on est très heureux pour elle. Autre jeune docteure, et autre motif de joie :
Céline Fellag-Ariouet, qui avait soutenu en décembre son travail sur Les bâtisseurs du Bureau international des poids et mesures et la construction des savoirs métrologiques, 1875-1960, va recevoir le 22 mai le prix de thèse de l’Université de Lorraine pour l’école doctorale SLTC. Quelle belle récompense pour elle qui déploie une énergie si impressionnante pour mener et partager ses recherches. Vous avez souvent vu les annonces de ses conférences, publications, expositions, dans ces lettres. Un grand bravo (de la part d’un fan) ! Maxime Madouas, qui avait lui aussi soutenu en décembre dernier (Les recherches participatives : 'une autre science' ?), continue sur sa lancée : il vient de débuter un contrat à l'INRAE de Colmar comme Ingénieur de Recherche, pour deux ans, au sein de l'équipe recherche participative et santé de la vigne pour le projet RESIVIGNE-PNPP. C’est là aussi une belle reconnaissance de son expertise et une très bonne nouvelle pour Maxime : on est ravis pour lui !
Un retour cette fois-ci. Céline Demirbas, gestionnaire qui préside aux destinées du site strasbourgeois (et d'un certain nombre masters) avec la compétence que l'on sait, est revenue à son poste après quelques temps d'absence. Pour lui dire notre joie de la revoir, une petite fête était organisée la semaine dernière : nourritures choisies et chaleur humaine, un bon mélange... Et c'était vraiment un plaisir de la retrouver.
Cette 100e lettre, c’est également le bon moment pour annoncer un anniversaire, celui de la revue Philosophia Scientiae, qui fête cette année ses 30 ans. Un petit regard rétrospectif s’impose : c’est l’exercice auquel se sont prêtés Gerhard Heinzmann, Manuel Rebuschi (avec la complicité de Sandrine Avril), dans un texte que vous pouvez retrouver plus bas, qui vous en dira beaucoup sur cette belle aventure éditoriale dont nous sommes collectivement très fiers. Et comme se pencher sur le passé n’empêche pas de travailler à la suite, je vous signale un appel à contributions pour le numéro 31-3 (à paraître fin 2027), sur les Lectures philosophiques de Léviathan et la pompe à air. Si vous êtes intéressé·e, vous avez jusqu’au 1er juillet.
Je ne sais pas si ces lettres vous donnent envie, parfois, de nous rejoindre. Si vous avez des compétences informatiques et êtes éligible à la mobilité interne (la procédure portant le doux nom de NOEMI), nous recrutons par cette voie un·e ingénieur·e en développement informatique et maintenance d'applications. Celles et ceux qui seraient intéressé·es peuvent trouver toutes les informations sur le portail emploi du CNRS, et candidater jusqu’au 2 juin.
Je termine par la nouvelle la plus triste. Il y a deux semaines, la maladie a emporté notre collègue Claude Arcipreste, qui travaillait depuis quelques temps au pôle scientifique CLCS, à Nancy, à quelques pas de nos locaux. Beaucoup d’entre nous la connaissaient, parfois depuis fort longtemps, et la nouvelle de sa disparition a été un choc. Claude était une présence lumineuse ; son humour et son sourire chaleureux vont nous manquer. Nous avons une pensée triste et émue pour ses proches.
C’est l’heure de finir ce courrier. Je ne sais pas s’il aura rempli sa fonction auprès de vous qui nous lisez. S’il faut vous dire une dernière chose avant de passer à la suite, ce sera ceci : une lettre, c’est souvent l’invitation à se parler de vive voix, en tout cas l’espérance qu’on pourra le faire, alors n’hésitez pas à passer nous voir !
A bientôt,
Pierre Edouard
Ps. La machine à café dans nos locaux nancéiens fait des siennes, mais on trouvera bien une solution pour vous offrir quelque chose. À Strasbourg, la machine est pleinement fonctionnelle.
Pps. Merci à Yannis Addi, qui sait décidément tout faire, pour la jolie animation ci-dessous ! Si vous voulez la voir en grand, c'est par ici.
Séminaires et groupes de travail
- Séminaire Le mot du mois : mardi 5 mai à 12h15, Pierre Willaime, "Numérique", Nancy, bibliothèque du laboratoire
- Grandes conférences des Archives Henri-Poincaré : mercredi 6 mai à 18h, Conor McHugh (Archives Henri-Poincaré), "Qu'est-ce qu'une inférence déductive ?", Nancy, Campus Lettres et Sciences Humaines, Bât. G, salle G04, et en ligne
- Cycle Épistémologie & communication scientifique : jeudi 7 mai à 14h, Andrée Bergeron (Muséum National d'Histoire Naturelle, Centre Alexandre Koyré), "De la critique au Stand Up. 50 ans de transformation de la question sciences et publics", jeudi 7 mai 2026 à 14h, EHESS, Campus Condorcet (Aubervilliers), 5e étage, salle C570, et en ligne [s'inscrire]
- Séminaire PANALM (Paris-Nancy Colloquium in Logic and the Philosophy of Mathematics) : mardi 12 mai à 14h, Paolo Mancosu (UC Berkeley), "Abstraction principles and part-whole: a retrospective survey", Paris, IHPST, Maison de la Philosophie-Marin Mersenne
- Séminaire Épistémologie comparée des formes de l'objectivité scientifique : mardi 19 mai à 17h, Linda Cambon (INSERM U1219, Université de Bordeaux), "Objectivité scientifique et promotion de la santé", en ligne [suivre]
- Séminaire Codes Sources : jeudi 21 mai à 14h, Pierre Cubaud (CNAM), "Sur l'ordinateur à billes", Conservatoire national des Arts et Métiers, amphithéâtre Gaston Planté, accès 35, 1er étage
- Séminaire Réflexions : vendredi 29 mai à 13h30, Frédéric Blanqui (Inria, Laboratoire Méthodes Formelles), "Interopérabilité des systèmes de preuve", Vandoeuvre-lès-Nancy, LORIA
- Cycle Épistémologie & communication scientifique : jeudi 4 juin à 14h, Catherine Allamel-Raffin (Université de Strasbourg, Archives Henri-Poincaré), " Au commencement était l'image", en ligne [s'inscrire]
- Séminaire Codes Sources : jeudi 4 juin à 14h, table ronde "L'usage de l'IA en programmation", avec Laurent Bloch (CNAM), Sylvain Conchon (Université Paris-Saclay, LMF), Anne-Claire Haury (LPSM, Google), Yann Orlarey (Émeraude, GRAME/INRIA/INSA), Paris, Jussieu, salle 25-26/105
- Séminaire Le mot du mois : mardi 9 juin à 12h15, Pierre Edouard Bour, "Public(s)", Nancy, bibliothèque du laboratoire
Les vidéos des séminaires sont à retrouver ici : https://videos.ahp-numerique.fr/c/seminaires. Pour les Grandes conférences, c'est là : https://videos.ahp-numerique.fr/c/grandesconferences
Manifestations
- Grands modèles de langue : résonance ou raisonnement ?, 6 mai 2026, Nancy, Site Libération, salle Internationale (324) [en savoir plus]
- Journées scientifiques hors les murs des Archives Henri-Poincaré, 1er & 2 octobre 2026, Saint-Jean-de-Bassel
- Colloque Épistémologie comparée des formes de production de l'objectivité scientifique, 14-15 décembre 2026, Strasbourg, MISHA
Vous pouvez comme toujours retrouver les vidéos de nos manifestations passées ici : https://videos.ahp-numerique.fr/c/colloques
Hors les murs
- 4 mai, Manuel Rebuschi : "Un statut moral pour les robots", Journée Reconfigurations robotiques, en ligne
- 4-5 mai, Anne-Françoise Schmid : "Relations avec ou sans termes : Couturat entre Poincaré et Russell", colloque Logique en questions, Paris, Sorbonne Université
- 8 mai, Andrew Arana : "Varieties of reversals", The Mathematical Turn in Philosophy workshop, University of Warwick, Royaume-Uni
- 12 mai, Matthias Dörries : participation à une table ronde, Workshop: Addressing the Challenges of Existential Threats, Institute of Mediterranean Studies et The Foundation for Research and technology, Rethymno, Crete
- 18 mai, Andrew Arana : "Finitism revisited: Takeuti’s philosophy of mathematics", Language, Truth and Structure, The Ohio State University, États-Unis
- 19-20 mai, Roger Pouivet : "Croyance religieuse et éthique intellectuelle", Colloque Philosophie & Religion : Dialogues et débats contemporains, Université Laval Québec, Canada
- 21 mai, Amandine Dandel : "Fabriquer la preuve : stratégies des industriels du charbon en Lorraine face à la non-reconnaissance des maladies professionnelles (seconde moitié du XXe siècle)", Journées de la Shesvie 2026 - Les territoires de la génétique : nouvelles perspectives, Université Paris-Cité
- 21 mai, Maureen Morgenthaler : "La génétique comme fondement nosographique? L'exemple du spectre comme catégorie psychiatrique", Journées de la Shesvie 2026 - Les territoires de la génétique : nouvelles perspectives, Université Paris-Cité
- 26 mai, Catherine Allamel-Raffin : "L’image comme élément de preuve en astrophysique", 6e Journée Images de sciences - Preuves et Réfutations, CNAM, Paris
- 28 mai, Roger Pouivet : "La foi d’Anscombe", après-midi d’étude sur Elizabeth Anscombe, Facultés Loyola, Paris
- 28-29 mai, Gaëlle Le Dref : "Enseigner l'épistémologie pour une recherche interdisciplinaire en santé", 11e congrès des humanité médicales (Colhum), Tours
- 28-29 mai, Elle-Mari Talivee & Amirouche Moktefi : "Kratt: From Estonian folklore to artificial intelligence", Estonian Philosophy Conference, Tallinn, Estonie
- 2 juin, Pierre Edouard Bour : participation à une table ronde "Retours d’expériences nationales", Journée "Faire des sciences et recherches participatives", Université de La Rochelle
- 4-5 juin, Amirouche Moktefi : "The shaping of logic languages", Workshop: Mathematics and Language: a Historical Perspective, Brno, République Tchèque
- 5 juin, Lorenzo Corti : "Scepticism and Indeterminacy in Alexander’s Commentary on the book Gamma of Aristotle’s Metaphysics", séminaire Histoire et philosophie des mathématiques de l’Antiquité à l’âge classique - Axioms and Definitions in Antiquity, Université Paris-Cité
- 8 juin, Andrew Arana : "Finitism revisited: Takeuti’s philosophy of mathematics", Fifth Nancy-Irvine Workshop on Formalization in Logic, Language, and Mathematics, University of California - Irvine, États-Unis
- 11 juin, Lorenzo Corti : "Aristotele, Alessandro, Sesto e il problema dei principi delle scienze", conférence Works-in-progress, Università Roma Tre, Italie
- 12 juin, Guillaume Schuppert : "Fiction and Propaganda without Lie", Fiction & Lies: the Fourth ASIFF Conference, Edinburgh, Royaume-Uni
Enfin François Kammerer participera au Symposium Frontiers of Science co-organisé à Tokyo par le CNRS et la Japan Society for the Promotion of Science, du 4 au 7 juin.
Du côté des projets
Le 13 mai avait lieu l'édition inaugurale de l'European Doctoral Day, destiné à "mettre en lumière le rôle central des titulaires de doctorats et de la formation doctorale par la recherche dans la promotion de l'excellence scientifique, de l'innovation et du progrès social, au sein du monde académique et au-delà". À Nancy, les doctorant·es dont les recherches s'inscrivent dans le cluster ENACT présentaient leurs travaux sur un stand "Numérique & Intelligence artificielle". C'était ainsi le cas de Margaux Adloff, comme le montre la photo ci-contre. Une belle occasion de parler de sa recherche hors de l'université. D'ailleurs, de quoi parlait-elle ? Vous le découvrirez en bas de cette lettre, dans le zoom projet qui lui est consacré.
Nina Colin et Maxime Madouas achèvent tout juste un travail d'établissement d'état de l'art autour des recherches participatives et de leur rapport à la méthodologie. Cet important rapport a été réalisé dans le cadre de l’axe 1 "Quelles évolutions dans les pratiques scientifiques ?" du programme CELEST. Bravo (et merci) !
Sciences - société
C'était le retour de la Nuit de la science au Lycée La Malgrange de Jarville, le 13 mai. Cette année encore, les Archives Henri-Poincaré y étaient présentes, grâce à l'intervention conjointe de Yannis Addi (un ancien de La Malgrange) et Méline Godard, à la frontière de l'informatique, des sciences cognitives et de la philosophie, intitulée "Interfaces trompeuses : reprendre le contrôle face au design numérique et aux Dark Patterns".
Méline Godard une fois encore à la manoeuvre avec la suite des interviews Fictions en recherche. Ce mois-ci, ce sont Manuel Rebuschi ("La plupart des sujets humains projettent beaucoup plus que ce qu’ils croient dans le robot"), Laurent Rollet ("J’écris en endossant le costume de Poincaré") et Stéphane Schmitt (dans un jour ou deux) que vous pouvez retrouver sur notre site, en attendant de prochains entretiens très bientôt !
Le 22 mai à 14h30, Baptiste Mélès donnera une conférence intitulée "Jean Cavaillès, philosophe des mathématiques et résistant", à Arras, dans le cadre de l'Université Pour Tous de l'Artois.
Alexandre Miot sera le jeudi 28 mai au Musée du verre François Decorchemont, à Conches-en-Ouche, pour une nouvelle conférence intitulée : "Paul Nicolas chez Gallé : formation, collaboration et émancipation (1893-1923)". Ce sera à 18h et toutes les informations sont sur cette page.
On vous présentait dans la lettre de mars le Kant bipolaire de Paul Clavier. Vous en trouverez également une critique dans Le Monde, sous la plume de Roger-Pol Droit.
1996-2026 : trente ans de Philosophia Scientiæ
Lancée quatre ans après la fondation des Archives Henri-Poincaré, la revue Philosophia Scientiæ affichait l’ambition d’offrir un « nouveau forum de discussion et d’animation de recherches interdisciplinaires concernant l’histoire, l’épistémologie et la philosophie des mathématiques, de la physique et de la logique ». La revue a suivi un développement parallèle à celui du laboratoire en élargissant notamment ses thèmes à d’autres disciplines. Grâce à la qualité et à la diversité de ses éditeur·ices invité·es et des dossiers thématiques publiés, Philosophia Scientiæ est aujourd’hui une revue reconnue en histoire et philosophie des sciences, mais aussi en philosophie d’orientation analytique. Son trentième anniversaire nous offre l’occasion d’un retour sur son histoire.
Pour consulter le texte sur l'histoire de la revue sur notre site, c'est par ici !
Vient de paraître
Jochen Sohnle & Christophe Bouriau (dir.), Environmental Ethics for Legal Experts, Mare & Martin, 2026. [présentation sur le site de l'éditeur]
Faced with unprecedented environmental challenges, this book offers ethical reflections that may inspire all those concerned with legal rules, whether they influence, draft, apply or comply with it. This book combines the perspectives of two disciplines, law and ethics as a branch of philosophy, both of which share a common interest in standards of human conduct. The aim of this work is both to serve as a handbook for interested readers and to explore certain current issues in greater scientific depth through collective research.
Environmental ethics links ethics as the goal of a good and happy life with morality as a theory of duties: it connects the question of living well with that of our duties towards nature and all living beings. However, this concept faces a major difficulty: until recently, the term “ethics” was used solely in relation to interpersonal relationships. Environmental ethics, however, considers that we have duties towards natural entities that are not
persons according to the classical approaches. How can it justify this upheaval? How can we have duties towards non-human beings, who have no duties towards us? These are the guiding questions of this book.
* * *
Roger Pouivet, L'intégrité philosophique. Pourquoi et comment faire de la philosophie ?, Vrin, 2026 [présentation sur le site de l'éditeur]
Ce livre vient au terme d’une carrière de professeur de philosophie. Pourquoi avoir fait de la philosophie quand, vraisemblablement, il eut été possible de faire autre chose ? Pour répondre, d’autres questions sont examinées : La philosophie a-t-elle une nature ? Pourquoi y a-t-il de multiples philosophies ? L’une d’entre elles est-elle meilleure ou même la bonne ? La philosophie peut-elle être populaire ou médiatique ? Existe-t-il une Grande tradition philosophique ?
La principale thèse défendue est classique : la meilleure pratique de la philosophie est une vie contemplative dévolue à la Vérité. Dans cette réflexion, quelques philosophes, Aristote, saint Thomas, Frege, Kotarbiński, Geach, sont plus sollicités que d’autres. La philosophie bien menée exige d’exercer la vertu d’intégrité qui lui donne sa valeur.
* * *
- Isabelle Draelants, "L’horologium viatorum et la roue des quaternités du manuscrit d’Echternach Trier, Wissenschaftliche Bibliothek der Stadt, 1093/1694 gr. 2°", in Claude D. Conter, Thomas Falmagne, Marc Laureys, Christophe Marinheiro, Max Schmitz, Tom Zago, éd., Lectori vago. Manuscripts, Libraries, and Classical Scholarship from the Middle Ages to the Early Modern Period. Liber amicorum Luc Deitz, Turnhout, Brepols, 2026 (Noctes Neolatinae. Leo-Latin Texts and Studies, 43), 241-256.
- Mario Arnaldi, Elly Dekker, Isabelle Draelants, GianCarlo Truffa, "The Franco-Hispanic astrolabe of 1216 kept at the Liceo Classico Alighieri in Ravenna", in Journal for the History of Astrononomy, 1597, May 2026, 223-264. https://doi.org/10.1177/00218286261435614
- François Jaquet & Alain Policar, "De la spécificité de l’humain : Dispute à propos du spécisme", Raison présente, 237(1), 2026, 83-102. https://doi.org/10.3917/rpre.237.0083
- Hala Khassiba, "De la recherche en laboratoire vers l’installation de l’enseignement de l’informatique à l’université de Nancy (1950-1970). Pédagogie et éducation : héritages, (ré)inventions, actualité", in Yves Verneuil, Renaud D'Enfert, Dominique Bret, Youenn Michel, André D. Robert (dir.), L'enseignement supérieur du XIXe siècle à nos jours. Établissements, acteurs, disciplines, pédagogies, Comité Universitaire d'Information Pédagogique, 2026, 383-400.
Enfin, le livre de François Kammerer, House of Mirrors, n'est pas encore paru (on vous en reparlera bien sûr dans une prochaine lettre), mais un workshop lui est déjà consacré le 3 juin, à Kobe (Japon), en présence de l'auteur.
Zoom sur ... le projet "Désinformation au sein des grands modèles de langage : négationnisme et intelligence artificielle", de Margaux Adloff
L’essor des intelligences artificielles (IA) génératives, et plus particulièrement les grands modèles de langage (LLM), transforme profondément notre rapport à l’information non pas seulement en raison de la quantité de contenus qu’elles produisent, mais surtout parce qu’elles ne sont pas construites autour d’une exigence de vérité. Des outils comme ChatGPT, Copilot, Claude ou DeepSeek permettent aujourd’hui de générer en quelques secondes du texte, des images ou des vidéos à partir de simples requêtes, produisant ainsi des contenus souvent plausibles sans que leur véracité soit un objectif central. Leur fonctionnement repose avant tout sur des calculs statistiques et sur la cohérence linguistique, et non sur une validation du réel. Autrement dit, ces systèmes ne visent pas à produire des énoncés vrais mais des énoncés probables et cohérents. Cette absence de rapport structurel à la vérité rend particulièrement importante l’étude du désordre informationnel dans ces environnements, dans la mesure où la distinction entre vrai et faux devient moins structurante que dans les systèmes informationnels classiques.
Dans ce contexte, il est nécessaire de définir ce que recouvrent les notions de désinformation et d’intention qui structurent habituellement ce champ d’analyse. La désinformation est, en effet, définie traditionnellement comme la diffusion d’informations fausses accompagnée d’une intention de nuire ou de tromper. Elle se distingue ainsi de la mésinformation, qui correspond à la diffusion involontaire d’informations fausses, et de la malinformation, qui consiste à diffuser des informations vraies dans le but de nuire. Or, les LLMs ne relèvent pas de ces catégories de manière directe dans la mesure où ils ne possèdent pas d’intention propre. Ils produisent des contenus sans volonté, sans objectif communicatif et sans intention. Cela oblige donc à réinterroger les cadres classiques de la désinformation qui reposent largement sur la notion d’intention afin de penser des formes de production informationnelle où des contenus faux peuvent être générés sans volonté de tromper. C’est précisément cette reconfiguration conceptuelle que mon travail cherche à analyser.
Plus spécifiquement, ma recherche porte sur la désinformation liée aux génocides, c'est-à-dire le négationnisme. Ce terrain d’étude apparaît particulièrement pertinent dans la mesure où les discours négationnistes reposent sur la manipulation des preuves et la réécriture des faits. Les LLMs constituent, dans ce contexte, un outil inédit d’amplification potentielle de ces discours. Elles facilitent la création rapide de contenus pseudo-historiques, de faux témoignages ou encore d’images manipulées. De plus, j’avance que les phénomènes d’« hallucination » (ou d'affabulation) peuvent également conduire ces systèmes à présenter comme crédibles des informations historiquement fausses et, par conséquent, déformer notre vision de certains génocides. Un exemple révélateur apparaît dans un rapport de l’UNESCO consacré à la déformation de la mémoire de la Shoah par les IA.
L’étude met particulièrement en évidence un cas d’affabulation produit par ces systèmes. Au sein de ChatGPT, il était notamment possible, et cela reste toujours le cas, d’obtenir des réponses affirmant l’existence d’une méthode systématique d’extermination par noyade durant la Shoah (voir un exemple en cliquant sur l'image ci-contre). Or, cette technique n’a jamais existé comme méthode d’extermination systématique du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce type d’erreur est particulièrement problématique car il peut altérer la compréhension historique des événements et fragiliser les connaissances établies.
L’étude de ces phénomènes apparaît donc essentielle pour comprendre la manière dont les LLMs transforment aujourd’hui les mécanismes de désinformation et, plus largement, les dynamiques contemporaines du désordre informationnel. C'est ce que je réalise actuellement dans ma thèse. Pour ce faire, je bénéficie de l’encadrement de trois enseignants issus de trois disciplines différentes : la philosophie (ma discipline principale), l’informatique et les sciences de l’information et de la communication. Cette tripartition disciplinaire permet d’aborder les LLMs et les concepts qu’ils mobilisent sous des angles différents afin d’en proposer une analyse aussi exhaustive que possible. En outre, cette approche croisée permet de construire une conceptualisation plus adaptée aux enjeux contemporains du désordre informationnel en tenant compte à la fois des logiques techniques des systèmes et des cadres théoriques des disciplines directement concernées par l’étude de la désinformation.
Prochaine lettre en juin 2026 -- Vous pouvez également vous inscrire à notre liste de diffusion
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