Lancée quatre ans après la fondation des Archives Henri-Poincaré, la revue Philosophia Scientiæ affichait l’ambition d’offrir un « nouveau forum de discussion et d’animation de recherches interdisciplinaires concernant l’histoire, l’épistémologie et la philosophie des mathématiques, de la physique et de la logique ». La revue a suivi un développement parallèle à celui du laboratoire en élargissant notamment ses thèmes à d’autres disciplines. Grâce à la qualité et à la diversité de ses éditeur·ices invité·es et des dossiers thématiques publiés, Philosophia Scientiæ est aujourd’hui une revue reconnue en histoire et philosophie des sciences, mais aussi en philosophie d’orientation analytique. Son trentième anniversaire nous offre l’occasion d’un retour sur son histoire.
L’intégration des Archives Henri-Poincaré, en 1993, comme équipe au sein de l’Institut de recherche sur les fondements et les enjeux des sciences et des techniques (IRFEST, UMR C 9949 Université Louis-Pasteur-CNRS) dirigé par Gilbert Laustriat, ancien président de l’ULP, a ouvert à notre jeune laboratoire des perspectives d’actions scientifiques exceptionnelles : en témoigne le congrès Henri-Poincaré de 1994 et dans son sillage, la fondation de la collection Publications des Archives Henri-Poincaré (PAHP) (Berlin : Akademie-Verlag/Paris : Blanchard), ainsi que la création de la revue trilingue (français, anglais, allemand) Philosophia Scientiæ en 1996. Le comité de rédaction était alors composé d’André Coret, Jean-Louis Greffe et Philippe Nabonnand, les secrétaires de la rédaction étant Pierre-Edouard Bour et Laurent Rollet, en charge de l’administration et de la mise en page, Gerhard Heinzmann occupant le poste de rédacteur-en-chef.
Gilles-Gaston Granger nous a fait l’honneur d’ouvrir le premier numéro de la revue avec son article « Vérité et convention », suivi par la présentation des travaux de cinq doctorants : E. Bolmont, V. Borella, M. Rebuschi, P.E. Bour, L. Rollet, ainsi qu’une contribution d’André Coret. À partir du deuxième cahier, les Presses Universitaires de Nancy en sont devenues l’éditeur. Dans les cahiers suivants, la revue s’ouvrait à l’international en publiant certaines des contributions du congrès Poincaré qui n’avaient pas trouvé place dans le volume PAHP. À partir du cahier 1.3, Xavier Loparelli, effectuant son service civil, a occupé le poste de secrétaire de rédaction en 1997 — entre-temps, l’IRFEST est devenu l’ER594 du CNRS — avant d’être remplacé par Nicolas Justal en 1998.
Depuis le cahier 2.3 s’est constitué un comité scientifique parmi les premiers membres duquel se trouvaient Catherine Chevalley (Tours), Jean-Paul Pier (Luxembourg), Knut Radbruch (Kaiserslautern) et Jan Sebestik (Paris). On publiait alors quatre volumes plus un cahier spécial par an. À partir du volume 3.1 (1998-1999), la revue est répertoriée par le Philosophers Index et à partir du volume 3.2, elle est éditée et diffusée, grâce à Anne-Françoise Schmid, par les éditions Kimé et publiée avec le concours de l’Université Nancy 2 et du CNRS. Elle suivra dorénavant l’année civile et non plus l’année universitaire. Le comité de rédaction s’est étoffé au fil des années. D’abord par Léna Soler et Scott Walter, ensuite par Laurent Rollet, Vincent Borella et Étienne Bolmont. À partir du volume 4.1 (2000), il y aura deux rédacteurs-en-chef adjoints, Léna Soler pour l’édition papier et Joseph Vidal-Rosset pour les publications électroniques, publiées au site des Archives. Ralf Krömer est devenu le secrétaire de rédaction pour les publications papier, faisant passer l’édition de la revue en LaTeX, et Pierre-Edouard Bour pour les publications électroniques. Le comité de rédaction s’est étoffé de la quasi-totalité des membres des Archives et le comité scientifique comportait une petite trentaine de collègues de sept pays différents.
Après l’édition de 26 fascicules, produite grâce au volontariat de différents membres des Archives, devenues UMR en 2001, nous avons reçu du CNRS, en 2005, l’affectation de Prosper Doh, un éditeur technique compétent, comme secrétaire de rédaction de l’édition papier de Philosophia Scientiæ. Ce changement a permis la professionnalisation indispensable de notre revue, entre temps reconnue par une communauté internationale relativement importante comme un organe de publication sérieux, notamment du fait d’une sélection des papiers conforme aux normes en usage (en double-aveugle, avec des rapports le plus souvent détaillés transmis aux auteur·ices, etc.).
Nous avons alors conclu un contrat d’édition entre l’éditeur Kimé et l’Université Nancy 2 (devenue depuis Université de Lorraine). Ce contrat a été renouvelé en 2012 pour prendre en compte notamment le changement de politique éditoriale (passage à 3 numéros réguliers par an) et la mise en ligne de la revue sur les portails Revue.org, Cairn et Numdam. En 2009, Prosper Doh prend sa retraite non sans avoir pris le temps d’instruire sa successeure, Sandrine Avril, et de l’initier aux arcanes de LaTeX. Par son engagement, sa compétence et son dévouement, Sandrine Avril est devenue depuis le cerveau opérationnel de la revue, dont elle assure l’édition en coopération avec les rédacteurs et le responsable du site, Pierre-Edouard Bour.
À partir de 2009, Manuel Rebuschi seconde Léna Soler comme rédacteur-en-chef adjoint, fonction qu’il remplira seul à partir de 2010. Le comité de rédaction et la direction de la revue ont alors pris trois grandes décisions : (1) le renouvellement pour moitié du comité scientifique de la revue pour renforcer son ancrage international ; (2) la modification de la politique éditoriale avec le passage à trois numéros réguliers par an, chaque numéro incluant désormais une partie thématique (sous la responsabilité d’un·e ou plusieurs éditeur·ices invité·es) et une partie Varia ; (3) la mise en ligne de la revue en texte intégral et en libre accès avec une barrière mobile (n-3 ans), effective dès juillet 2011.
En 2017, la direction de la revue change et G. Heinzmann passe la main à M. Rebuschi, avec une direction adjointe qui varie un peu ces dix dernières années et qui est aujourd’hui composée de trois collègues membres des Archives : Christophe Eckes, Gaëlle Le Dref et Baptiste Mélès. Le comité de rédaction s’est renouvelé, féminisé et ouvert à des membres extérieur·es au laboratoire. En 2020, Philosophia Scientiæ a saisi l’opportunité d’un appel du Fonds National pour la Science Ouverte (FNSO) pour passer au modèle « diamant », c’est-à-dire à l’accès immédiat et gratuit à tous les articles dès leur parution, pour les auteur·ices comme pour les lecteur·ices. Convaincue de la diversité des pratiques de lecture, de la nécessité de soutenir la bibliodiversité, de la vulnérabilité des accès en ligne et de la possible fragilité à long terme de l’archivage numérique pour des raisons politiques ou écologiques, la direction de la revue a tenu au maintien de l’édition papier chez Kimé parallèlement à l’accès ouvert intégral en ligne.
Philosophia Scientiæ est aujourd’hui une revue bien établie dans le paysage national et international de la recherche en philosophie et en histoire des sciences. Avec 40 % d’articles en anglais, près de 800 auteurs et autrices, dont 44 % affiliés à une institution étrangère, la sollicitation de centaines d’expert·es internationaux pour l’évaluation des soumissions, elle a édité 83 dossiers thématiques sur des sujets très variés qu’il serait fastidieux d’énumérer. La revue est une œuvre véritablement collective, un instrument pour la communauté scientifique, qui vit par et grâce au travail de la communauté. Philosophia Scientiæ est ainsi à l’image des Archives Henri-Poincaré, son principal support, et des innombrables revues, bibliothèques, équipes et autres institutions au travers desquelles la communauté scientifique se constitue et sans lesquelles l’activité scientifique n’existerait pas.
Gerhard Heinzmann & Manuel Rebuschi









