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La lettre d'information des Archives Poincaré (juin 2026)

Vie du laboratoire

Nous accueillons depuis fin mai deux nouveaux stagiaires, Tristan Bermond et Mohamed Moubareckou. Élève à l'ÉNS de Lyon, actuellement en L3 mathématiques fondamentales, Tristan Bermond travaille sur la genèse des chapitres III et IV de la Topologie de Bourbaki et étudie à cette fin une sélection d'archives numérisées (journal de Bourbaki, numéros de La Tribu, rédactions de Topologie et lettres de Jean Dieudonné à Henri Cartan) sur une période allant de 1935 à 1942. Il contribue à l'enrichissement des métadonnées du site des Archives Bourbaki et participe également à un travail de transcription ciblée de numéros de La Tribu coordonné par Véronique Montémont (ATILF), Gilles Toubiana (ATILF) et Christophe Eckes (AHP). Il sera avec nous jusqu'au 10 juillet. Mohamed Moubareckou est élève ingénieur à l'École Nationale Supérieure de Techniques Avancées (ENSTA), Institut Polytechnique de Paris. Spécialisé en informatique et intelligence artificielle, son intitulé de stage est "Étude de la robustesse des connaissances mathématiques par les méthodes de la science des réseaux — modélisation du réseau de preuves formelles de Mathlib (Lean 4) et application de techniques de percolation". Dans ce cadre, et sous la direction de Yacin Hamami, il travaille à la modélisation du réseau de dépendances entre théorèmes et preuves formelles sous forme de graphe orienté, développe des outils d'extraction et d'analyse de données en Python, met en œuvre des techniques de percolation pour évaluer la robustesse du réseau face à des suppressions de nœuds ou d'arêtes, et produit des visualisations et une interprétation scientifique des résultats dans une perspective épistémologique. Il travaillera au sein du laboratoire jusqu'à la mi-août. Bienvenue à tous les deux !

Une très bonne nouvelle pour Anna Kandel (ci-contre) qui est la lauréate du prix "ISA RC08 Junior Scholar’s Prize" 2026 par le Research Committee 08 "History of Sociology" de l'ISA (International Sociological Association) pour son article "Durkheim and Lévy-Bruhl: Explaining the Uneven Distribution of the Progress of Free Reflection". Vous pouvez consulter le texte de l'annonce dans la lettre de juin du CR08 (ça se trouve page 5). Un grand bravo à elle !

Après le rappel des 30 ans de la revue, une actualité encore abondante pour Philosophia Scientiæ. D'abord un appel à contributions pour le numéro 32(1) à paraître en février 2028, sur "Canguilhem et les erreurs du vivant" : les détails sont à retrouver ici. Ensuite, nous vous en parlions il y a quelques temps, l'Atelier de Philosophia Scientiæ 2026 aura lieu vendredi 3 juillet à Nancy, sur le site Libération (salle internationale 324). L’objectif de l’atelier est de présenter des dossiers thématiques récemment publiés ou à paraître, tant pour susciter des échanges scientifiques que pour mettre en lumière les travaux des contributeurs et éditeurs scientifiques invités. Chaque dossier thématique donnera lieu à une présentation courte du projet, la présentation d’un des articles publiés dans le dossier et une discussion. Ce troisième Atelier présentera trois dossiers publiés en 2025 et 2026. L'entrée est libre, mais sur inscription. Enfin un nouveau numéro que l'on vous laisse découvrir ci-dessous.

Jean-Luc Gangloff, professeur de philosophie au lycée strasbourgeois Louis-Pasteur, sonde ses élèves à la sortie de l’épreuve. Photo Laurent Réa. Dernières Nouvelles d'AlsaceL'article de référence sur Henri Poincaré, dans la Stanford Encyclopedia of Philosophy, vient d'être mis à jour par ses auteurs, Gerhard Heinzmann et David Stump. A consulter absolument sur : https://plato.stanford.edu/entries/poincare/ !

Enfin, nous n'en parlons pas si souvent dans cette lettre, mais juin, c'est aussi la période du bac de philo. Cette année, quasiment aux deux extrémités du spectre des carrières, Hugo Rimeur a récupéré son tout premier "paquet" de copies (numérisées), et Jean-Luc Gangloff (ci-contre) a eu les honneurs des Dernières nouvelles d'Alsace, dans un article du 15 juin. Nous leur souhaitons (ainsi qu'à tou·tes nos collègues concerné·es) de bonnes corrections ! 

Séminaires et groupes de travail

  • Cycle Épistémologie & communication scientifique : jeudi 4 juin à 14h, Catherine Allamel-Raffin (Université de Strasbourg, Archives Henri-Poincaré), " Au commencement était l'image", en ligne [s'inscrire]
  • Séminaire Codes Sources : jeudi 4 juin à 14h, table ronde "L'usage de l'IA en programmation", avec Laurent Bloch (CNAM), Sylvain Conchon (Université Paris-Saclay, LMF), Anne-Claire Haury (LPSM, Google), Yann Orlarey (Émeraude, GRAME/INRIA/INSA), Paris, Jussieu, salle 25-26/105
  • Séminaire Épistémologie comparée des formes de l'objectivité scientifique : mardi 16 juin à 17h, Sonia Desmoulin (UMR_C 6297 Droit et Changement Social, Nantes), "Objectivité et recherche juridique", en ligne
  • Atelier d'échanges de pratiques autour de l'entretien en santé (club ORION San/sociéTé) : vendredi 19 juin à 12h30, réunion animée par Ingrid Volery, avec Solène Gouilhers (Université de Genève, Institut des Études de genre) et Emmanuelle Simon (UL, CREM), Nancy, site Libération, salle internationale (324), et en ligne [suivre]
  • Séminaire Réflexions : vendredi 19 juin à 16h, Emily Riehl (Johns Hopkins University), "A reintroduction to proofs", en ligne [suivre]

Les vidéos des séminaires sont à retrouver ici : https://videos.ahp-numerique.fr/c/seminaires. Pour les Grandes conférences, c'est là : https://videos.ahp-numerique.fr/c/grandesconferences

Manifestations

  • Journées scientifiques hors les murs des Archives Henri-Poincaré, 1er & 2 octobre 2026, Saint-Jean-de-Bassel
  • Colloque Épistémologie comparée des formes de production de l'objectivité scientifique, 14-15 décembre 2026, Strasbourg, MISHA

A noter également la journée d'étude organisée par notre collègue Eric Jacques, pour la Société Française d'Histoire de la Chimie, "Bifurcation biographique et parcours de chimistes. Réinterroger la pertinence d’une analyse selon l’axe Paris-Province". Ce sera à Paris, le mercredi 1er juillet, et le programme est à retrouver ici.

Vous pouvez comme toujours retrouver les vidéos de nos manifestations passées ici : https://videos.ahp-numerique.fr/c/colloques

Hors les murs

  • 2 juin, Pierre Edouard Bour : participation à une table ronde "Retours d’expériences nationales", Journée "Faire des sciences et recherches participatives", Université de La Rochelle
  • 4-5 juin,  Amirouche Moktefi : "The shaping of logic languages", Workshop: Mathematics and Language: a Historical Perspective, Brno, République Tchèque
  • 5 juin, Lorenzo Corti : "Scepticism and Indeterminacy in Alexander’s Commentary on the book Gamma of Aristotle’s Metaphysics", séminaire Histoire et philosophie des mathématiques de l’Antiquité à l’âge classique - Axioms and Definitions in Antiquity, Université Paris-Cité
  • 8 juin, Andrew Arana : "Finitism revisited: Takeuti’s philosophy of mathematics", Fifth Nancy-Irvine Workshop on Formalization in Logic, Language, and Mathematics, University of California - Irvine, États-Unis
  • 10 juin, Tiago Ribeiro Santos : "La culture des pauvres : enfants marginalisés au Brésil dans les années 1930", Colloque 2026 de la Société francophone de philosophie de l'éducation, "Culture(s) et éducation", Université de Caen
  • 11 juin, Margaux Adloff : "Le négationnisme étatique et la crise contemporaine de la vérité", journée d'études L'État et la vérité, Toulouse, IDETCOM
  • 11 juin, Lorenzo Corti : "Aristotele, Alessandro, Sesto e il problema dei principi delle scienze", conférence Works-in-progress, Università Roma Tre, Italie
  • 11 juin, Pierre Willaime & Olivier Ghuzel : "Inscrire dans la durée les projets utilisant Omeka en MSH", ANF - Huma-Num Exploiter et réutiliser des données de qualité en SHS avec les services d'Huma-Num, VilleJuif.
  • 12 juin, Guillaume Schuppert : "Fiction and Propaganda without Lie", Fiction & Lies: the Fourth ASIFF Conference, Edinburgh, Royaume-Uni 
  • 12 juin,  Pierre Willaime, "Structurer les humanités numériques en Lorraine : retour d'expérience de la plateforme Cenhtor", Symposium "Former et se former aux humanités numériques dans la Grande Région", Metz
  • 17 juin, Stéphanie Dupouy : "Disciplines et interdisciplinarité à Strasbourg dans l'entre-deux-guerres. Le cas de Charles Blondel (1876-1939), philosophe-médecin à la Faculté des Lettres (1919-1937)", séminaire du Crephac, Strasbourg
  • 19 juin, François Kammerer : "Putting the Paradox of Phenomenal Judgment Back onto Its Feet", workshop David J. Chalmers. The Conscious Mind at 30, Bochum
  • 20 juin, Rémy Poëls : "La réception de Leibniz chez Schopenhauer: du "plus mauvais des mondes possibles" à la résurgence spéculative de la doctrine de l'harmonie préétablie", VII° Congrès de la Société d'études leibniziennes de langue française, Thessalonique, Université Aristote
  • 23 juin, Maxime Madouas : intervention au séminaire "Rôles et modalités transformatrices des sciences et recherches participatives", Paris, MNHN
  • 23 juin, Éléonore Venturelli : "Ajouter un titre sur un rouleau mortuaire : entre contrainte et espace de liberté (Xe s.-première moitié du XIIIe s.)", atelier Matérialité(s) du manuscrit et mise en unités de l’écrit médiéval, Versailles, UVSQ, IRHT
  • 24 juin, Yamina Bettahar : "Sharing experiences in Japan from JSPS Former Fellowship for Research", Nancy, MSH Lorraine
  • 25 juin, Olivier Bruneau & Laurent Rollet : "L’offre locale de mathématiques à Nancy (1750-1950) : sources, méthodes, enjeux, limites", Journées d'études "Mathématiques dans la cité : le cas de Nantes à l’époque contemporaine", Nantes
  • 26 juin, Catherine Allamel-Raffin et Jean-Luc Gangloff : "Comment catégoriser les procédures d’objectivation utilisées dans les sciences ?"  Journée d'études "Règles, rationalité et pensée collective", Université d'Aix-Marseille
  • 6-9 juillet, Gaëlle Le Dref : "Le régime de la preuve en santé publique : évolution et enjeux", 4ème congrès international de la théorie de l'action conjointe en didactique, INSPÉ, Rennes
  • 6-9 juillet, Catherine Allamel-Raffin:  "Preuves et imagers en astrophysique", 4ème congrès international de la théorie de l'action conjointe en didactique, INSPÉ, Rennes
  • 8 juillet, Maxime Madouas : "Comment produire des connaissances en commun pour une action collective ? La recherche participative REPERE entre chercheurs et viticulteurs", 4ème congrès international de la théorie de l'action conjointe en didactique, INSPÉ, Rennes

Du côté des projets

Pas mal d'activité du côté des membres des Archives Henri-Poincaré impliqués dans le Centre de recherche et d'expertise transversal CELEST (Center for intErdiscipLinary rEsearch and expertiSe on Transitions). Pierre Edouard Bour a présenté le projet de boutique des sciences de Lorraine le 2 juin lors de la journée "Faire des sciences et recherches participatives" organisée par la Chaire Participations Médiation Transition citoyenne de l'Université de La Rochelle. Pierre Willaime a présidé la session "Construire dans l'interdisciplinarité entre humanités et numérique" lors de la journée Interdisciplinarité CELEST à Nancy le 4 juin. Enfin, Claire Crignon, Amandine Dandel, Amélie Cadier, Margaux Adloff et Maureen Morgenthaler participeront les 1er et 2 juillet au Workshop on the future of knowledge and intelligence infrastructures, organisé au Warwick Center for Interdisciplinarity avec CELEST. 

Sciences - société

Iridogorgia Chewbacca : mais que vient faire la Guerre des étoiles ici ?La suite des interviews Fictions en recherche. Ce mois-ci, c'est Stéphane Schmitt ("Dans le système linéen, autant il faut être rigoureux dans l’association entre un genre et un nom et un seul, autant le choix de ce nom permet une très grande liberté") que vous pouvez retrouver sur notre site, en attendant de prochains entretiens très bientôt ! L'évocation de cette interview réalisée par Méline Godard est l'occasion de la remercier pour son travail durant son stage aux Archives Henri-Poincaré, un stage qui s'est achevé à la fin du mois de mai. Méline a énormément contribué au programme Philosofictions, mais pas seulement, et vous verrez encore certaines de ses réalisations dans les mois à venir. Un grand merci donc, et tous nos vœux de bonne continuation dans le monde de la médiation scientifique !

Du 29 juin au 1er juillet se tiendra à Nancy le Congrès annuel de l'AMCSTI (réseau national et francophone de la culture scientifique, technique et industrielle). Pierre Edouard Bour y animera un stand avec Egidio Marsico (MSH Lyon-Saint-Etienne) autour de la médiation en SHS. Pour profiter de la présence dans notre belle ville de plusieurs de ses membres, le Club Médiation scientifique tiendra le 2 juillet une réunion. On ne vous a jamais parlé de ce club ? Ce sera rattrapé très bientôt...

Vient de paraître

Chantal Enguehard, Guillaume Munch-Maccagnoni et Alberto Naibo (dir.), Undone Computer SciencePhilosophia Scientiae, 30(2), 2026. [volume en accès ouvert sur le site d'Openedition]

Chantal Enguehard, Guillaume Munch-Maccagnoni et Alberto Naibo
Qu’est-ce que la science informatique non faite? 

Pierre Saint-Germier, Benjamin Matuszewski et Frédéric Bevilacqua
Machine Learning, Understanding, and Interaction 

Sophie Quinton et Jean-Bernard Stefani
Conviviality for Digital Degrowth 

Pierre Depaz
Global and Local Implications of Computational Artifacts 

Felienne Hermans
How The Social Construction of Disciplinary Boundaries and Disciplinary Hierarchies Shapes What Computer Science Gets Done 

Varia

Juliano C. S. Neves
Geometrization 3.0: The Black Hole Shadow 

Yves Péraire
Formalisation de l’égalité empirique de deux grandeurs – Applications 

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Julia BeauquelCe que danser veut dire, Eliott éditions, 2026. [présentation sur le site de l'éditeur]

La danse est parfois tenue pour impensable. Ce livre montre au contraire la fécondité philosophique de cette activité, artistique ou non. La danse signifie parce qu’elle n’est pas seulement l’acte de corps, mais de personnes. Du plaisir de se mouvoir à l’extrême rigueur gestuelle, de la réaction spontanée à l’exécution maîtrisée, elle témoigne de divers degrés de liberté et conduit au cœur de la nature humaine, où se lient les sens et l’intelligence, l’émotion et la raison, la perception et l’action.

Danser est une affaire sérieuse et légère. En dansant, j’éprouve ma puissance éphémère : que puis-je faire de ce qui m’anime, que je ne possède pas ni ne peux retenir ? Aux antipodes de la rigidité, danser incarne un art de vivre : la résolution de s’affranchir de ce qui fige, le courage de se laisser mouvoir par ce qui importe, le désir vigilant de rester poreux dans l’action résolue, l’humilité d’une transmission imparfaite. C’est par la finesse nuancée et la pudeur de ce qui n’est pas dit littéralement que le mouvement dansé forge sa vertu.

(Ce livre est la réédition de Danser une philosophie, qui avait reçu en 2019 le Prix des rencontres philosophiques d'Uriage et avait été sélectionné la même année pour le Prix Lycéen de philosophie)

* * *

  • Solal Azoulay, "L’enjeu de la validité externe en économie expérimentale", in Raphaël Künstler & Julien Tricard (dir.), Métaphysique de l'induction, Hermann, coll. "Métaphysique et Sciences", 2026, 100-111.
  • Magali Bessone, Jean-Claude Bruffaerts, Paul Clavier, Denis Cogneau, Jézabel Couppey-Soubeyran, Samuel Ferey, Claire Pignol, Jean-Marie Théodat, Anna Zielinska, "La dette : entre promesse et violence", Sens public, 2026. https://www.sens-public.org/articles/1815/
  • Christophe Bouriau,  "H. v. Helmholtz : une justification non métaphysique de l'induction", in Raphaël Künstler & Julien Tricard (dir.), Métaphysique de l'induction, Hermann, coll. "Métaphysique et Sciences", 2026, 143-153.
  • Eric Jacques, "Les principes de la chimie verte : douze bonnes raisons de réinterroger les protocoles en chimie", L'Actualité chimique n°514-515 (mai-juin 2026), 8-9. https://new.societechimiquedefrance.fr/numero/les-principes-de-la-chimie-verte-douze-bonnes-raisons-de-reinterroger-les-protocoles-en-chimie-p8-n514-515/
  • Martine Paindorge et Simon Edelblutte, "Trajectoires territoriales de stations thermales « oubliées » dans la région Grand Est (France) : paysages, héritages et patrimoines en transition", Bulletin de l'Association de Géographes Français, n° 102-3 (2025), Thermalisme et villes thermales : approche interdisciplinaire, 423-446.  https://doi.org/10.4000/16arh
  • Roger Pouivet, Compte-rendu de Alasdair MacIntyre, L’éthique dans les conflits de la modernité, Revue philosophique de la France et de l’étranger, 2026/2, t. 151. 

Zoom sur ...  le projet "Le concept de spectre en psychiatrie : enjeux épistémologiques et pratiques", de Maureen Morgenthaler

American psychiatric association, DSM-5: Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux [2013], Marc-Antoine Crocq et Julien-Daniel Guelfi (trad.), 5e éd, Issy-Les-Moulineaux, Elsevier Masson, 2015Depuis une dizaine d’années, les manuels psychiatriques de référence pour les chercheurs et cliniciens (comme le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association Américaine de Psychiatrie ou la Classification Internationale des Maladies de l’Organisation Mondiale de la Santé) utilisent le terme de « spectre » pour décrire l’autisme et la schizophrénie. Cette terminologie s’accompagne du regroupement de catégories auparavant distinctes, sur la base de symptômes et de facteurs de risque communs. Elle vise aussi à rendre compte de l’hétérogénéité inter- et intra-individuelle des présentations cliniques, pour soutenir une approche plus individualisée du soin. Au sein des mouvements pour la neurodiversité, qui soutiennent que l’autisme n’est pas une maladie mais plutôt une condition apparentée à une minorité sociale, cette notion de spectre est mobilisée pour souligner la diversité et l’individualité de chaque personne concernée.

Arminjon Mathieu, Céline Cherici et Pierre-Olivier Méthot (éd.), Le normal et le pathologique : des catégories périmées ?, Paris, Éditions Matériologiques, 2022Or, depuis ce changement définitionnel, le nombre de diagnostics d’autisme a largement augmenté. Pour certains psychiatres, la dénomination par le spectre est une métaphore trompeuse, qui reflète un manque de connaissances et masque une discontinuité clinique entre les personnes autistes et non autistes. Elle conduirait à inclure des personnes aux traits évocateurs de l’autisme mais qui s’éloignent largement des individus prototypiques de la catégorie, c’est-à-dire de ceux qui en sont les plus représentatifs. Cette inclusion de personnes éloignées des profils prototypiques aurait ainsi été causée par le changement définitionnel, et elle aurait généré l’hétérogénéité que l’on considère aujourd’hui comme étant propre aux troubles du spectre de l’autisme. Aussi, la question se pose de savoir si le spectre met en avant l’absence de frontières nettes entre les troubles (mais aussi entre le normal et le pathologique), ou s’il en donne la fausse impression. Or, cette question n’est pas uniquement philosophique dans la mesure où les cliniciens ont besoin d’effectuer cette démarcation au cours d’une démarche diagnostique.

Historiquement, le concept de spectre a en fait d’abord été développé pour désigner un autre champ pathologique : les troubles du spectre de la schizophrénie. À la fin des années 1960, il est employé pour rendre compte d’un continuum de symptômes entre la schizophrénie, d’autres troubles proches et des états non pathologiques, mais semblables d’un point de vue génétique. Son usage s’inscrit dans une réflexion sur la porosité des frontières entre les maladies et sur le caractère continu de traits évocateurs d’un trouble mental qui se retrouvent dans la population générale, Kety Seymour S., David Rosenthal, Paul H. Wender et Fini Schulsinger, « The types and prevalence of mental illness in the biological and adoptive families of adopted schizophrenics », dans The transmission of schizophrenia, Oxford, Pergamon press, 1968mais se manifestent en plus grand nombre et à plus forte intensité chez les personnes concernées, à l’extrémité d’un continuum d’origine génétique.

Ainsi, l’hypothèse à l’origine de ma thèse est que cette notion de spectre est un véritable concept employé pour répondre à une question classificatoire mais aussi à une question sur la nature des troubles et de leurs frontières. L’objectif de ma recherche est de proposer une clarification conceptuelle de cette notion de spectre et d’identifier les enjeux épistémologiques et pratiques (éthiques et sociopolitiques) qui y sont associés. Je mobilise la littérature psychiatrique en tant que littérature primaire, avec un ancrage historique et un travail de terrain auprès de psychiatres et de personnes concernées. Mon travail est dirigé par la philosophe et historienne de la médecine Claire Crignon (AHP) ainsi que par le psychiatre et philosophe Yann Craus (IHPST).

 

 

 

Prochaine lettre en juillet 2026 -- Vous pouvez également vous inscrire à notre liste de diffusion

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